Moncef Marzouki et la Liberté d’Expression.

Posted: 17th September 2013 by 13mars in Mouvement du 13 mars

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Après avoir porté plainte contre un journaliste, le Président de la République Tunisienne, Moncef Marzouki a gratifié les Tunisiens d’un communiqué sur la Liberté d’Expression. On y apprend que cette liberté est un principe sacré et qu’il faudrait débattre sur une loi pour organiser la presse afin de pallier aux lacunes des législations actuelles. Au mouvement, nous imaginons que pour réfléchir à cette proposition, les journalistes se sont accordés une journée de réflexion en décrétant une grève nationale aujourd’hui.

Relecture du communiqué à la lumière de la réalité du terrain :

En dehors de l’arabe et du français, il semble que les autorités encouragent une autre langue pour expliquer la situation de la liberté d’expression et des droits de l’Homme : la langue de bois.

Il semble que la Présidence a du mal à se faire entendre (voir comprendre) et qu’elle soit obligée de se répéter.

Il semble aussi que la Présidence ait des positions de principe au sujet de la Liberté d’Expression, de la Liberté de la Presse. Si, si. Puisqu’on vous le dit. D’ailleurs, il semble encore que :

1-      … la liberté d’expression soit  sacrée ! Mais si elle touche au sacré, une peine d’emprisonnement vous sera infligée ! 7 ans et demi sans même l’espoir d’une grâce par la bonté divine. Rendez-vous compte, un commentaire lu par 19 personnes sur un réseau social est plus dangereux pour l’ordre public qu’un prêche appelant à la haine et aux meurtres. Pire encore ! Un œuf lancé devient un projectile encore plus dangereux que des balles tirées. La liste « du ridicule qui tue » s’allonge …

2-      … que nous soyons tous égaux devant la Justice. On vous le dit sans rire… La Justice ne se rendrait pas comme chez l’épicier avec deux poids, deux mesures selon le client. Non, c’est vrai l’allégeance compte beaucoup dans la décision. “ Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ”.

3-      … que l’eau chaude n’ait pas encore été inventée à Carthage. Est-ce qu’un Conseiller avisé peut transmettre le décret-loi 2011-115 du 2/11/2011 relatif à la liberté de la presse, de l’impression et de l’édition ? Voir même de transmettre les discussions des partenaires professionnels et les communiqués de RSF sur ce sujet ? On gagnera du temps…

4-      … qu’il est encore temps de discuter des moyens à mettre en œuvre pour avoir des médias neutres et non corrompus. Et indépendants hein aussi pendant qu’on y est, soyons fous. Qui parle de pressions sur les journalistes et les médias ? Sami Fehri ? Tahar Ben Hassine ? Sofiene Ben Farhat ? Qui ? Ce n’est pas une grève générale des journalistes qui peut dire le contraire. Non ? En fait, les journalistes ont compris : ils ont parfaitement le droit de dire du bien du pouvoir.

5-      … qu’il ne faut considérer les abus de la Presse comme des délits, voir comme des crimes qui mériteraient de la prison ferme… Oui et si tu l’ouvres, on t’enferme. Direct la case prison, sans passer par la case départ (la case justice est indisponible par les temps qui courent).

Avec des journalistes en grève nationale, avec des rappeurs en cavale, un internaute condamné à 7 ans et demi pour une opinion, … ce n’est plus un fossé qu’il y a entre la vision des autorités et le terrain à propos des libertés et des droits fondamentaux, c’est un gouffre d’une profondeur abyssale.

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